Vous est-il déjà arrivé de vouloir profondément quelque chose… tout en sentant qu'une autre partie de vous faisait exactement l'inverse ?
Une part de vous veut prendre la parole. Une autre préfère se taire.
Une part veut faire confiance. Une autre reste sur ses gardes.
Une part sait qu'elle a le droit de poser une limite. Une autre ressent immédiatement de la culpabilité lorsqu'elle le fait.
Ces contradictions ne signifient pas nécessairement que nous sommes incohérents. Elles peuvent être comprises autrement : nous avons développé différentes manières de percevoir, ressentir et réagir au monde.
Dans les approches thérapeutiques dites de parts work — le travail des parts, dont l'Internal Family Systems (IFS) est la formalisation la plus connue — on appelle ces différentes organisations de notre expérience des « parts ».
Mais qu'est-ce qu'une part, exactement ?
Et comment comprendre ce phénomène sans nécessairement adopter tout un vocabulaire clinique ?
Une « part » n'est pas une autre personne cachée à l'intérieur de nous.
C'est une façon de désigner un ensemble cohérent de réactions qui tendent à apparaître ensemble dans certaines situations.
Lorsqu'une part est activée, plusieurs dimensions de notre expérience peuvent changer simultanément :
C'est ce caractère global qui rend le concept de « part » particulièrement intuitif.
Nous ne faisons pas seulement l'expérience d'une pensée comme « je ne suis pas assez bien ». Nous pouvons soudainement nous sentir réellement insuffisants, percevoir les autres comme critiques, ressentir notre corps se contracter et avoir envie de nous retirer.
Pendant quelques instants, toute notre expérience semble organisée autour d'une même réalité.
C'est ce que le langage des parts cherche à décrire.
Pour comprendre d'où peuvent venir ces parts, il faut s'intéresser à une fonction fondamentale du cerveau : apprendre de l'expérience pour anticiper ce qui va arriver.
Nous ne pouvons pas analyser consciemment chaque situation avant d'agir.
Notre cerveau apprend donc progressivement des régularités :
« Quand ceci arrive, voilà probablement ce qui va suivre. »
Et :
« Dans cette situation, voilà ce qu'il vaut mieux faire. »
Une grande partie de ces apprentissages fonctionne sans réflexion consciente.
Nous n'avons pas besoin de nous rappeler explicitement toutes les expériences qui nous ont appris à nous méfier d'une situation pour commencer à nous tendre lorsqu'elle se présente.
Le passé devient ainsi une sorte de carte implicite permettant de naviguer dans le présent.
Imaginez un enfant qui découvre progressivement que faire une erreur entraîne régulièrement humiliation ou punition.
Son système peut apprendre quelque chose comme : Erreur → danger.
Il peut alors développer différentes stratégies :
« Je dois être parfait. »
« Je dois repérer mes erreurs avant que quelqu'un d'autre ne les voie. »
« Je dois me critiquer pour ne plus recommencer. »
À force de répétition, cette réaction peut devenir automatique.
Des années plus tard, l'environnement a changé. Pourtant, une petite erreur professionnelle peut suffire à déclencher une réaction disproportionnée : tension, honte, autocritique, peur d'être jugé.
La personne adulte peut parfaitement savoir :
« Faire une erreur n'est pas grave. »
Et simultanément ressentir :
« C'est dangereux. »
Ces deux réalités peuvent coexister.
C'est précisément là que la notion de parts devient utile.
Notre cerveau n'apprend pas une seule manière de réagir au monde.
Il accumule différentes réponses adaptées à différents contextes.
C'est pourquoi nous pouvons être extrêmement confiants dans certaines situations et perdre tous nos moyens dans d'autres.
Nous pouvons savoir que nous avons de la valeur et, dans certaines relations, nous sentir soudainement insignifiants.
Nous pouvons désirer profondément l'intimité et prendre nos distances dès que quelqu'un devient vraiment proche.
Une part peut dire :
« J'ai envie d'être proche. »
Une autre :
« Être proche est dangereux. »
Les deux appartiennent à la même personne.
Elles correspondent simplement à des apprentissages, des attentes et des stratégies différentes qui deviennent dominants selon le contexte.
C'est l'un des changements de perspective les plus importants du travail des parts.
Un comportement problématique aujourd'hui peut avoir été une solution hier.
Prenons quelqu'un qui évite systématiquement le conflit.
Aujourd'hui, cet évitement peut l'empêcher de défendre ses besoins.
Mais si cette personne a grandi dans un environnement où exprimer son désaccord provoquait colère, rejet ou violence, se taire pouvait être une excellente stratégie.
Son système a appris : « Pour rester en sécurité, je dois disparaître du conflit. »
La situation change.
La stratégie demeure.
C'est pourquoi le travail des parts ne commence généralement pas par :
« Comment supprimer cette réaction ? »
Mais plutôt par :
« Qu'est-ce que cette réaction essaie d'accomplir pour moi ? »
Perfectionnisme.
Hypercontrôle.
Évitement.
Autocritique.
Besoin de plaire.
Détachement émotionnel.
Colère.
Ces réactions peuvent nous faire souffrir.
Mais le travail des parts propose de regarder la fonction qu'elles remplissent, plutôt que seulement leur forme actuelle.
Une part critique peut chercher à éviter l'échec.
Une part perfectionniste peut tenter d'éviter le rejet.
Une part qui ne fait confiance à personne peut essayer d'empêcher une nouvelle blessure.
Une part qui repousse les autres peut protéger quelque chose de beaucoup plus vulnérable.
Comprendre une part ne signifie donc pas approuver tout ce qu'elle nous pousse à faire.
Cela signifie chercher à comprendre pourquoi notre système a appris qu'il avait besoin d'elle.
Nous pouvons également développer plusieurs stratégies pour résoudre des problèmes différents — voire pour résoudre les problèmes créés par nos propres stratégies.
Une personne peut par exemple avoir une part extrêmement exigeante :
« Travaille davantage. Tu dois réussir. »
Et une autre qui répond :
« Je n'en peux plus. Je ne veux plus rien faire. »
Plus la première pousse, plus la seconde résiste.
Plus la seconde résiste, plus la première panique et augmente la pression.
Dans le vocabulaire de l'IFS, on peut parler de polarisation.
De l'extérieur, cela ressemble à de l'incohérence.
De l'intérieur, ce sont parfois deux stratégies protectrices qui poursuivent chacune leur propre logique.
C'est une expérience extrêmement courante :
comprendre quelque chose intellectuellement ne suffit pas toujours à le transformer.
Je peux savoir que j'ai le droit de dire non…
…et être incapable de le faire devant certaines personnes.
Je peux savoir que mon erreur n'est pas catastrophique…
…et ressentir malgré tout une honte immense.
Je peux savoir que cette personne est digne de confiance…
…et sentir mon corps se mettre en état d'alerte lorsqu'elle se rapproche.
Pourquoi ?
Parce qu'une partie importante de nos apprentissages psychologiques est implicite : elle se manifeste dans nos anticipations, nos émotions, nos sensations et nos réactions automatiques sans nécessairement apparaître sous la forme d'un raisonnement conscient.
C'est une des raisons pour lesquelles on ne peut pas toujours penser son chemin hors d'un problème émotionnel.
À première vue, dialoguer intérieurement avec une part peut sembler étrange.
Pourtant, l'objectif n'est pas nécessairement de croire littéralement qu'une petite personne habite notre esprit.
Personnifier une réaction est une manière de l'observer sans être complètement absorbé par elle.
Au lieu de :
« Je suis nul. »
il devient possible de remarquer :
« Une part de moi est convaincue que je suis nul en ce moment. »
La différence paraît minuscule.
Elle change pourtant la position depuis laquelle nous observons notre expérience.
De même :
« Je ne peux faire confiance à personne »
peut devenir :
« Une part de moi ne fait confiance à personne. »
Une certitude devient quelque chose que nous pouvons approcher avec curiosité.
Nous pouvons alors commencer à demander :
Qu'est-ce qui te fait si peur ?
Qu'essaies-tu d'éviter ?
Qu'est-ce que tu crois qu'il arriverait si tu arrêtais de faire cela ?
Depuis quand fonctionnes-tu de cette manière ?
Le dialogue avec les parts devient ainsi une méthode d'exploration de nos apprentissages implicites.
Cette distinction est au cœur du travail.
Lorsqu'une réaction automatique prend toute la place, nous avons tendance à vivre depuis cette réaction.
À cet instant :
« Je suis en danger. »
« Je suis incapable. »
« Il faut absolument que je contrôle la situation. »
« Personne ne peut m'aimer. »
La réaction ressemble à la réalité elle-même.
Le travail thérapeutique consiste notamment à créer suffisamment d'espace pour pouvoir observer :
« Quelque chose en moi ressent cela très fortement. »
En IFS, ce mouvement est notamment décrit comme le fait de se désidentifier ou de se « défusionner » d'une part (unblending).
La part n'est pas rejetée.
Elle devient observable.
Et ce qui devient observable peut commencer à être compris.
C'est peut-être l'idée essentielle à retenir.
Nos parts se sont développées dans une histoire.
Certaines ont appris à anticiper le danger.
D'autres à éviter le rejet.
D'autres à maintenir le contrôle.
D'autres encore à empêcher certaines émotions de devenir insupportables.
Le problème n'est donc pas nécessairement que ces stratégies existent.
Le problème apparaît lorsqu'une stratégie construite pour un monde passé continue à gouverner le monde présent.
Le système réagit alors à ce qui était vrai comme si cela était encore vrai aujourd'hui.
Dans cette perspective, la thérapie ne cherche pas simplement à imposer une pensée positive à une réaction négative.
Elle cherche plus profondément à permettre au système de découvrir : « Ce que j'ai appris autrefois n'est peut-être plus entièrement vrai aujourd'hui. »
Je peux avoir davantage de ressources.
Je peux poser une limite.
Je peux partir.
Je peux demander de l'aide.
Je peux survivre à la désapprobation.
Je peux faire une erreur sans perdre le lien avec l'autre.
Je peux être proche de quelqu'un sans perdre mon autonomie.
Ce type de transformation est parfois relié au champ de la reconsolidation de la mémoire : lorsque certains apprentissages émotionnels sont réactivés dans des conditions particulières, ils peuvent être actualisés.
Le sujet mérite cependant d'être distingué d'une affirmation plus forte : cela ne signifie pas que chaque concept ou chaque mécanisme particulier de l'IFS a été démontré neuroscientifiquement.
Les neurosciences offrent plutôt plusieurs cadres permettant de comprendre pourquoi l'expérience subjective de « parts » peut être psychologiquement cohérente : apprentissages implicites, schémas, réponses automatiques, états différents et actualisation des apprentissages émotionnels.
Une part peut être comprise comme une organisation cohérente de perceptions, d'émotions, de sensations, de croyances et de comportements construite au fil de notre expérience.
Elle s'active particulièrement dans certains contextes parce que notre système a appris qu'une certaine manière de réagir pouvait nous protéger, préserver une relation ou répondre à un besoin.
Nous pouvons posséder plusieurs de ces organisations.
Elles peuvent être contradictoires.
Elles peuvent fonctionner largement en dehors de notre conscience.
Et certaines continuent parfois d'appliquer aujourd'hui des solutions qui ont été apprises dans un contexte qui n'existe plus.
Le travail des parts propose alors un changement de question.
Plutôt que :
« Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? »
nous pouvons commencer par demander :
« Qu'est-ce qui, en moi, a appris à réagir ainsi — et pourquoi ? »
Cette curiosité ouvre une autre relation à notre monde intérieur.
Non plus combattre systématiquement ce qui apparaît.
Mais écouter, comprendre, puis permettre à notre système d'apprendre quelque chose de nouveau.
PARTS structure ce travail en 30 séances guidées par IA et 6 rendez-vous humains — pour que l'écoute de tes parts ne reste pas une idée, mais devienne une pratique. Ta première séance est un essai gratuit.